Le poids et le choix des mots

 

Le poids et le choix des mots: une clinique de la précision et de la bienveillance. 

Les mots ne sont pas neutres. Ils façonnent nos pensées, nos postures, et nos relations.

Chaque mot porte une histoire, une émotion, une intention. Un mot mal choisi peut enfermer, blesser, ou réduire une réalité complexe. À l’inverse, un mot juste peut libérer, éclairer, ou ouvrir des possibles.

Dans les métiers de l’humain, où chaque interaction compte, le choix des mots n’est pas un détail : c’est un acte professionnel et éthique.

Pourquoi le poids des mots est-il si crucial ?

1. Les mots créent des réalités

  • Dire d’un enfant qu’il est "difficile" plutôt que "en recherche de sens" change la manière dont on l’aborde.
  • Parler de "trauma" plutôt que de "comportement problématique" ouvre des pistes de compréhension et d’accompagnement différentes.
  • Utiliser "je choisis" plutôt que "je dois" transforme une contrainte en pouvoir d’agir.

Exemple : Un éducateur qui remplace "Ce jeune est oppositionnel" par "Ce jeune exprime une souffrance par des comportements de résistance" change sa posture – et donc sa relation avec lui.


2. Les mots révèlent nos postures

Nos mots trahissent souvent nos croyances inconscientes, nos peurs, ou nos conditionnements.

  • "Je gère ce groupe" vs "J’accompagne ce groupe" : le premier suggère un contrôle, le second une relation.
  • "Ce parent est irresponsable" vs "Ce parent est en difficulté" : le premier juge, le second ouvre une porte.

Dans mes interventions, je veille à déconstruire ces automatismes pour choisir des mots qui soutiennent plutôt qu’ils n’enferment.


3. Les mots soignent ou blessent

Dans les métiers de l’humain, les mots peuvent être des baumes ou des lames.

  • Un mot juste peut rassurer, valider, donner de l’élan.
  • Un mot maladroit peut humilier, désengager, cristalliser un conflit.

Exemple : Dire à un collègue "Tu es trop émotionnel" peut le braquer, tandis que "J’entends que cette situation te touche beaucoup, on en parle ?" ouvre un dialogue.

Comment travaille t-on avec les mots dans la Clinique ?

1. En prenant conscience de leur pouvoir

  • on repère puis décortique les mots utilisés dans vos pratiques pour en révéler les implicites.
  • Exercices de reformulation : Comment dire la même chose sans juger, sans réduire, sans enfermer ?

2. En co-construisant un langage commun

  • Dans les accompagnements collectifs, je veille à créer un vocabulaire partagé qui respecte la complexité des situations.
  • Exemple : Remplacer "cas problématique" par "situation qui interroge notre posture" change la dynamique d’équipe.

3. En intégrant la dimension poétique et symbolique

Les mots ne sont pas que des outils : ils sont aussi des ponts vers l’invisible.

  • Nous utilisons métaphores, récits, et images pour élargir le champ des possibles.
  • Exemple : "Ce conflit est comme une rivière en crue : et si on apprenait à naviguer plutôt qu’à lutter contre le courant ?"

Pourquoi ce travail sur les mots est-il indispensable ?

Parce que :

Changer de mots, c’est changer de regard – et donc changer d’action.

Prendre soin de ses mots, c’est prendre soin de ses relations (avec soi, avec les autres, avec le monde).

✅Un langage précis et bienveillant est un outil de pouvoir : il permet d’agir avec justesse et confiance.

Je suis convaincue que les mots ne sont pas que des outils : ils sont des actes.

Choisir ses mots, c’est choisir sa posture. Et choisir sa posture,

c’est choisir le monde dans lequel on veut vivre. »